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Compte rendu – Conférence midi de Sébastien Darchen

Lyon2Compte rendu de la conférence de Sébastien Darchen

L’innovation en lien avec le développement durable : le cas du Projet Confluences à Lyon

18 octobre 2016, 12 h 30 à 14 h
INRS-UCS
385, rue Sherbrooke Est (Montréal)

Auteure : Maude Cournoyer-Gendron

 

Présentation de l’événement

Sébastien Darchen est professeur adjoint en aménagement à l’école de Géographie, Aménagement et Gestion de l’Environnement de l’Université du Queensland (Australie). Il est diplômé du centre UCS de l’INRS où il a obtenu un PhD en 2008. Il a été stagiaire post-doctoral à la Chaire de l’économie du savoir de la Teluq-UQAM (Montréal) puis Assistant Professor à York University (Toronto) de 2009 à 2011.

Introduction

Le projet de recherche présenté par Sébastien Darchen s’inscrit dans le cadre de ses travaux portant sur la régénération urbaine des quartiers centraux, un défi pour les villes qui ont l’ambition de le faire sous l’angle de la durabilité et de l’innovation.

Le cas exposé dans cette conférence est celui du Projet Confluence dans la ville de Lyon. Il s’agit d’un projet de grande envergure autant sur le plan des moyens financiers mis en jeu, de la diversité et du nombre d’acteurs impliqués, que du point de vue environnemental. La conférence proposait un survol de la situation de la gouvernance métropolitaine à Lyon, une introduction de la notion de projet urbain et de celle de régénération, pour ensuite interroger le caractère novateur du Projet Confluence du point de vue de la durabilité.

Le cas de Lyon : gouvernance métropolitaine et grands projets urbains

Avec ses 2,26 millions d’habitants dans l’aire urbaine, Lyon est la deuxième plus grande ville de France. Elle est active dans les réseaux de villes européennes et a une volonté politique d’internationalisation, présente depuis les années 1990. En raison de sa participation à ces réseaux, Lyon a réussi à solliciter diverses subventions pour appuyer ses grands projets urbains comme celui à l’étude.

La gouvernance métropolitaine de Lyon est marquée par la création du Grand Lyon — communauté métropolitaine composée d’une soixantaine de communes. Le Grand Lyon est un appareil au service des « grands projets », où l’on observe un consensus entre élites urbaines autour d’un agenda de croissance et d’attractivité. Le Grand Lyon travaille à développer une image de marque (« urban branding ») pour son territoire afin de le rendre plus attractif économiquement et de charmer les investisseurs. Des politiques publiques vont d’ailleurs en ce sens depuis environ 2007. Le Projet Confluence dont il est question dans cette présentation s’inscrit pleinement dans cette stratégie d’attractivité économique.

Le projet urbain en question

La notion de projet urbain a une signification particulière en France. On y note une montée de l’urbanisme par projet, qui est caractérisé par le refus de suivre un programme rigide et par une volonté d’inscrire la ville dans un cadre de concurrence urbaine internationale. Dans le projet urbain, il y a la volonté de développer une certaine idée de la ville de façon plus flexible, au sein d’un périmètre choisi et selon des règlementations d’urbanisme différentes — dans ce qui est nommé le Plan local d’urbanisme (PLU). Cette notion de projet urbain est peu présente en Amérique ou en Australie. En ce sens, Sébastien Darchen compare cette façon de faire avec celle du projet de « Waterfront Redevelopment » à Toronto, où, bien qu’il y ait des objectifs qui vont dans le sens du développement durable, peu de choses contraignent les promoteurs et les « innovations » se font surtout dans la négociation avec ces derniers.

Régénération versus revitalisation

Pour le chercheur, le concept de « régénération urbaine » fait suite à celui de « revitalisation urbaine » (développé dans les années 1960) et à celui de « redéveloppement » (qui avait la cote au cours des années 1980). À la différence des deux approches précédentes, celle de la régénération urbaine chercherait à avoir des effets sur différentes composantes du territoire d’intervention : le cadre bâti, l’environnement, l’économie et les aspects sociaux (c’est-à-dire, de ne pas déplacer les populations à faible revenu). Il s’agit donc d’une approche durable du redéveloppement urbain pour un secteur donné.

Dans l’idée de la régénération urbaine, l’identité du quartier a une importance certaine. Par conséquent, on remarque un désir de préserver les bâtiments déjà présents. L’aspect « durabilité environnementale » est aussi une caractéristique de cette approche, de même que la participation des acteurs locaux.

L’aspect « durable » est mis de l’avant, mais il faut noter l’existence d’un certain décalage entre la théorie et la pratique. En effet, dans la pratique, la dimension économique est souvent privilégiée au détriment de l’environnement et des aspects sociaux — on peut penser ici au Quartier des spectacles à Montréal où l’impact social semble avoir été négligé.

Méthode

Dans un séjour de recherche fait en 2015, Sébastien Darchen a pu étudier les interactions à l’échelle du projet urbain de Confluence à Lyon. En ce sens, il a rencontré divers acteurs impliqués directement dans le projet : architectes, firmes privées, l’agence d’urbanisme de Lyon, etc. À travers ces entretiens semi-directifs et une revue des documents de planification relatifs au projet, il a pu identifier les facteurs ou mécanismes qui « permettent » l’innovation dans un contexte de régénération urbaine.

Le Projet Confluence : innovation et durabilité?Lyon1

Le Projet Confluence est décrit comme un projet exceptionnel, et l’objectif des promoteurs est d’en faire un projet vitrine pour le développement durable. C’est en tout 16 000 résidents et 25 000 emplois dont il est question dans les Phases I et II du projet (à l’horizon 2025), sur une superficie totale de 76 hectares. Il s’agit en fait d’une opportunité foncière énorme qui, à terme, doublera la superficie du centre-ville de Lyon. Notons également qu’au moment de lancer le projet, le territoire concerné était utilisé/habité par une population plus marginale et était le théâtre d’activités moins désirables — drogues et prostitution — du point de vue des autorités publiques.

Le discours sur le développement durable est également mis de l’avant dans la presse : objectif zéro émission de CO2, bâtiments à énergie positive, service d’autopartage de véhicules électriques, système « smart grid », vélos en libre partage, etc.

Pour avoir une meilleure idée de ce que représente le Projet Confluence et la façon dont les concepteurs et promoteurs en parlent, voici une vidéo promotionnelle du projet.

Plusieurs acteurs privés d’envergure sont impliqués dans le projet, notamment  NEDO, organisme paragouvernemental japonais qui vise la recherche et le développement dans le secteur de l’énergie  et Toshiba, une grande entreprise japonaise. Des acteurs publics sont aussi présents, tels que la Société publique locale (SPL) qui a pu acquérir les terrains grâce au financement public et ensuite les vendre à un prix fixe.

La mise en place du projet suscite des réactions mitigées. La dimension sociale, de mise pour avoir une réelle régénération urbaine, est présente par l’écorénovation de logements sociaux à Sainte-Blandine, mais la rénovation de cet ensemble est la seule composante sociale du projet. La stratégie d’implantation topdown laisse enfin peu (ou pas du tout) de place à la participation du public. D’un point de vue économique, le projet semble susciter des craintes, notamment la crainte qu’il n’y ait pas réellement d’attraction des emplois sur le territoire. Le Musée des Confluences est également reconnu comme étant un gouffre financier. L’aspect « ville intelligente » semble pour sa part susciter davantage de fierté chez les intervenants rencontrés, mais également certaines craintes. En effet, cet aspect a nécessité un investissement public considérable, mais finalement, ce sont les grandes entreprises privées qui décident de l’innovation.

En conclusion

La mise en œuvre de grands projets urbains, comme celui de Confluence, soulève généralement plusieurs questions. C’est un investissement majeur pour la région métropolitaine qui concerne une partie restreinte du centre, dans un  contexte où les banlieues font face à des problèmes sociaux et économiques bien connus. La présence de partenaires privés qui développent les technologies par le biais du financement public amène Sébastien Darchen à se demander à qui profite vraiment l’innovation. Ces projets sont de potentiels gouffres financiers, l’investissement public peut alors être risqué. Y a-t-il un partage des risques et des profits?

La question de la régénération des centres-villes suscite un vif intérêt chez les praticiens et les chercheurs. Plusieurs villes agissent en ce sens. Par exemple, la ville de Brisbane, en Australie, le fait sous l’angle du développement économique ou encore, la ville de Toronto qui adopte l’angle de l’innovation.

Sébastien Darchen note que si les stratégies de ces villes semblent similaires, les processus sont différents d’une ville à l’autre : un plus ou moins grand investissement des acteurs publics, une plus ou moins grande intégration de la notion de développement durable (et de façons parfois fort différentes). C’est là que l’étude des processus associés à la régénération urbaine durable est pertinente. Elle permet de révéler la difficulté de la mise en œuvre de cette volonté de durabilité. Dans quelles mesures les projets de régénération urbaine sont-ils durables? Sébastien Darchen propose de répertorier les différents processus à l’œuvre dans les projets de régénération urbaine et d’éventuellement en développer une typologie.