Source : Regroupements des organismes de Bassins versants du Québec

Compte rendu

Grand forum des communautés résilientes

Coorganisé par le Réseau Québec maritime, le réseau MEOPAR  et le Regroupement des organismes de bassins versants du Québec.
4-5 juin 2019, au Séminaire de Québec (Québec)

Par Catherine Fournier, étudiante à la maîtrise en études urbaines, INRS.

Le Grand forum des communautés résilientes était organisé conjointement par le Réseau Québec maritime, le réseau MEOPAR et le Regroupement des organismes de bassins versants du Québec. L’objectif de l’événement était de faire émerger l’intelligence collective pour répondre aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques générés par les changements climatiques pour accroitre la résilience des communautés et faciliter l’adaptation aux changements climatiques. Pour ce faire, élu.es, citoyen.es, chercheur.es, représentant.es des communautés des Premières Nations ou encore acteurs municipaux étaient invités le 4 et 5 juin 2019 au Séminaire de Québec à participer à différentes activités: conférences, panel de discussions, ateliers participatifs et tables de discussion.

La résilience est un concept polysémique, adapté par différentes disciplines. Dans la littérature scientifique, la résilience peut être à la fois un processus, un résultat ou une qualité. Malgré son caractère pluridisciplinaire, il n’en demeure pas moins qu’il est devenu largement et rapidement utilisé dans les politiques urbaines et les discours politiques des villes en référence au changement climatique, ce qui justifie la tenue d’événement comme « Le Grand forum des communautés résilientes ».

Bien que la notion « résilience » sous-entend le dépassement d’une crise et qu’il offre une vision positive de l’avenir, Serge Bouchard, anthropologue et conférencier principal du forum, a rappelé à tous que la résilience concerne également le deuil. Elle est nécessairement associée à la perte de vie humaine ou de biens, la perte de traditions ou d’une culture, la perte d’une espèce animale, etc. La résilience nécessite de se demander « comment on recommence et comment on poursuit? » après le changement. Mais la beauté de la résilience, c’est qu’elle tend à favoriser la créativité, selon monsieur Bouchard. Et cette créativité nécessite un travail collectif, car un seul homme ne pourra réinventer le régime de demain. Selon Bouchard, il va falloir mettre une croix sur notre confort individuel, se détacher de ses idées et écouter celles des autres afin de retrouver notre force collective.

Suite aux sages paroles de monsieur Bouchard, ce sont plus de 250 participants qui ont été amenés à partager leurs réflexions et leurs expériences et à coconstruire des solutions pour accroître la résilience des communautés.

Ce compte rendu s’attarde particulièrement aux interventions marquantes du panel de discussion sur la gestion des risques, aux résultats d’un atelier portant sur la collaboration entre différents acteurs, aux projets concrets de communautés résilientes présentées lors de l’événement et aux résultats des travaux de cocréation tout au long de ce Grand forum.

Partage et stratégies de gestion des risques

Les changements climatiques augmentent l’imprévisibilité et l’intensité des aléas naturels. Couplés à l’urbanisation croissante, les défis liés à la réduction des risques de catastrophe se multiplient pour les villes.  En regard de la nouveauté des changements climatiques et de l’urgence qu’ils impliquent, la notion de résilience a cheminé dans la gestion des risques, autrefois très centrée sur l’aléa. La résilience a permis de rapprocher les deux composantes du risque (aléa et vulnérabilité) autrefois étudiées en silo. De par une lecture du risque plus attachée aux vulnérabilités, la résilience permet de laisser plus de place aux individus et organisations.

Selon Catherine Choquette (biologiste et juriste), instaurer une culture de dialogue est crucial à la réussite des projets liés à la gestion des risques au Québec. Se doter d’une équipe multidisciplinaire, miser sur un dialogue multipartite et inclure les citoyen.es dans les démarches sont les trois conseils clés de madame Choquette qui peuvent alléger un climat de revendication, parfois nuisible au travail en collaboration.

Emma Haziza (experte en inondation et présidente de Mayane) a ajouté qu’une mauvaise communication entre différents acteurs peut générer de l’incapacité à agir, suivi d’un sentiment de frustration ou même de culpabilité. Pour éviter ces écueils dans la communication du risque, madame Haziza mise dans ses travaux sur l’importance de vulgariser l’information. Selon elle, l’expertise doit être transposée à l’échelle de chaque public cible pour faire progresser une culture du risque et favoriser l’engagement. En plus d’ajuster l’information à chaque acteur, elle insiste sur l’importance de parler et d’apprendre du territoire, car lui seul permet le repère.

Outre l’aspect communicationnel, les programmes d’indemnisation jouent un rôle important dans la résilience des communautés. Mathieu Boudreault (professeur en actuariat à l’UQAM) a été invité sur le panel afin d’expliquer aux participants les modalités d’assurances aux inondations au Québec. Il a d’ailleurs expliqué brièvement le nouveau programme d’indemnisation adopté le 15 avril 2019 par le Gouvernement du Québec.  Dorénavant, l’aide financière accordée en cas d’inondations successives inclut un montant maximal à vie pour les sinistrés. Ces derniers peuvent choisir d’obtenir une allocation de 100 000$ pour le déplacement ou l’immunisation de leur résidence ou une allocation de 200 000$ pour quitter sa résidence, sans avoir droit à aucune autre indemnisation lors des inondations subséquentes. Selon monsieur Boudreault, cette modalité envoie un message clair aux sinistrés.

Atelier living lab : Comment pourrions-nous mieux collaborer sur des enjeux communs?

Afin de faciliter la création de synergies entre différents acteurs impliqués sur des enjeux communs, les participants étaient invités à participer à un atelier de style living lab. Inspiré par le processus du Design thinking, les participants regroupés en équipe de six étaient invités à choisir un enjeu concret vécu dans leur quotidien et de composer une question avec l’intitulé « Comment pourrions-nous… », suivi d’un verbe, de l’enjeu et des acteurs concernés. Par exemple : « Comment pourrions-nous faciliter le transfert des savoirs entre les professionnels municipaux et les chercheurs? ». Ensuite, les participants étaient invités à adopter une posture d’empathie afin d’incarner les acteurs cités dans la question (professionnels municipaux et les chercheurs). Finalement, les participants devaient identifier les solutions à leur propre question, tout en restant dans la peau des acteurs. Cet atelier animé par Pascale Geoffroy a été très apprécié des participants.

La majorité des questions qui ont émergé de cet exercice concernaient la pratique politique, la collaboration entre disciplines et les solutions pouvant être encouragées par des sciences sociales. Celles-ci sont applicables à plusieurs cas québécois et peuvent aider certains acteurs à les mettre en oeuvre.

Quelques solutions

Comment mettre sur pied un programme intersectoriel permettant le transfert des connaissances et le soutien financier et technique pour accompagner l’ensemble des acteurs du milieu agricole dans le développement de pratiques respectant l’environnement?

Pour que ce programme soit efficace, l’équipe croit qu’il est nécessaire de réunir différents ministères (et niveau de ministères) autour de la même table. De plus, selon les participants, des chercheurs et des experts devraient être intégrés à ce programme afin de saisir les enjeux des compensations environnementales, sujet jugé complexe pour les agriculteurs et les professionnels municipaux. Finalement, la gestion des urgences environnementales est un enjeu prioritaire qui devrait être adressé dans ce programme.

Comment favoriser une culture commune de l’eau?

Pour aider les communautés à se forger une culture de l’eau, il faut favoriser le sentiment d’appartenance envers le territoire. Selon l’équipe, la culture et la créativité sont deux moyens pour mobiliser la population et les jeunes à mieux comprendre l’histoire de ce territoire.

Comment  mettre à la disposition les ressources pour que les propriétaires riverains s’impliquent dans les projets collectifs ?

Les journées de sensibilisation semblent être une activité à prioriser puisqu’elles permettent les échanges. Cependant, il importe de centraliser l’information afin de la rendre disponible à ceux et celles qui ne peuvent y assister. De plus, la valorisation des actions mises en œuvre par les citoyens semble être un outil efficace pour encourager l’engagement citoyen.

Comment  créer des espaces de rencontres entre les communautés rurales affectées par la désertification?

Selon les participants de cette équipe, trois éléments clés sont primordiaux. D’abord, un agent de liaison (rémunéré) devrait être embauché au sein de la communauté rurale. Ensuite, les organismes d’aide humanitaire devraient être intégrés dans cet espace d’échanges. Finalement, la sensibilisation citoyenne au problème de désertification devrait être une priorité, notamment pour briser l’isolement au sein des communautés rurales.

Au-delà de celles-ci, de nombreuses autres idées créatives ont été proposées par les participants, par exemple, la création de nouveaux lieux de rencontres. Les microbrasseries et les écoles sont des exemples d’espaces à investir davantage. Le recours à la réalité augmentée permettrait, selon une participante, de mieux comprendre les risques ou les changements dans le paysage comme effets du changement climatique. D’autre ont proposé au gouvernement d’identifier, via un court sondage, les trois thématiques les plus importances des MRC et de regrouper les thèmes afin de mettre en place des comités d’échanges.  La création d’un réseau de partage des meilleures pratiques entre les différents organismes et chercheurs est un besoin exprimé par un participant.

Projets de communautés résilientes

Au Québec, plusieurs communautés s’organisent afin de renforcer leur résilience. La collaboration de différents champs disciplinaires autour d’enjeux communs semble être une voie de prédilection. D’ailleurs, le réseau Rés-Alliance a été mis sur pied afin de faciliter cette collaboration. Afin de valoriser ces pratiques, plus d’une dizaine d’organismes et de chercheurs ont été invités à présenter leur projet de nature collaborative portant sur l’adaptation aux changements climatiques. Voici quelques exemples de projets inspirants :

La résilience flavienne face à l’érosion côtière

À Sainte-Flavie, dans le Bas-Saint-Laurent, les 900 habitants sont toujours en choc posttraumatique des grandes marées de 2010.  Suite à l’annonce du ministère de la Sécurité publique qui offre aux citoyens riverains la possibilité de relocaliser ou de démolir leur résidence, la municipalité de Sainte-Flavie a mis sur pied un programme de prévention et d’accompagnement auprès de ses citoyens face à l’érosion côtière afin d’éviter une division de sa population après la relocalisation et d’y laisser « un village fantôme ».

Une plateforme de diffusion d’information en cas d’urgence, la création d’un guide accompagnateur, les visites à domicile et des consultations sont quelques exemples d’actions proactives organisées dans le cadre de ce programme. L’embauche d’une chargée de projet en résilience côtière et une approche humaine sont deux éléments de succès jusqu’à maintenant.

Balade en canot sur la Saint-Régis

Située en Montérégie, la rivière Saint-Régis connait des problèmes de stabilisation des rives, de gestion des eaux pluviales et d’inondations. Afin de sensibiliser la population à ces enjeux, la SCABRIC (organisme de bassin versant de la Zone Châteauguay) organise des balades en canot pour favoriser le partage des savoirs. Selon Geneviève Audet (agente de l’environnement pour la SCABRIC), cette activité a été un succès. Elle a permis d’ouvrir le dialogue tout en favorisant la proximité avec la nature.

Un plan d’adaptation pour les communautés abénaquises des réserves de Wôlinak et d’Odanak

Le Grand Conseil de la Nation Waban-Aki œuvre au sein des communautés abénaquises d’Odanak et de Wôlinak. Face aux changements constatés sur le territoire, par exemple le déplacement des oiseaux migratoires, la réduction des épaisseurs des glaces, l’augmentation des cas de la maladie de Lyme, le Grand Conseil s’est doté en 2014 d’un plan d’adaptation aux changements hydroclimatiques. Dans ce processus, Jean-François Provencher (agent de projet au Grand Conseil de la Nation Waban-Aki) a rappelé à tous l’importance de rencontrer la communauté pendant le processus et reconnaitre le savoir autochtone comme de l’information crédible.

Deux projets de réduction à la source

L’Organisme de bassin versant (OBV) Matapédia-Restigouche  a mis en place un projet d’aménagement de jardins de pluie en milieu public et privé. Ce projet permet aux citoyen.es d’être accompagnés dans toutes les étapes de l’aménagement d’un jardin de pluie et d’en apprendre davantage sur leurs bienfaits. L’OBV a également élaboré un guide de conception de jardin de pluies disponible ici.

Le Centre d’écologie urbaine de Montréal pilote présentement un projet appelé « Sous les pavés » qui s’inscrit dans un mouvement mondial de dépavage. Il invite les citoyen.nes à déminéraliser à la main et de manière participative des espaces publics de leur communauté. L’information complète du projet est disponible ici et un guide explicatif sera publié en septembre 2019.

Conclusion

Le Grand forum des communautés résilientes s’est avéré un lieu privilégié pour échanger sur plusieurs questions ou enjeux concernant la gestion des risques, l’adaptation aux changements climatiques ou la résilience, le tout dans un climat détendu et même amical. Cet événement a constitué un forum important pour le dialogue entre les communautés de plusieurs pays (France, Martinique, Maroc, Algérie, Madagascar, Côte d’Ivoire et Tunisie), mais en revanche, nous notons la faible présence de chercheur.euses. Dans le cadre de ce forum, la notion de résilience et sa déclinaison semble avoir été tenue pour acquise par les organisateurs, qui ont peut-être négligé de mieux la définir.

Appel à l'action

Le Grand forum s’est conclu par la signature d’un appel à l’action invitant l’ensemble des acteurs à s’engager pour accroître la résilience des communautés. Six actions ont été identifiées

  • Mettre la communauté au cœur du processus de résilience afin que tout un chacun soit impliqué de manière équilibrée dans les mécanismes décisionnels
  • Favoriser un aménagement du territoire résilient, afin de consolider le bâti existant et éviter l’étalement dans les milieux sensibles ou naturels
  • Revoir la fiscalité et le financement du milieu municipal afin de faciliter la reconnaissance des bénéfices des milieux naturels
    Passer à l’action sans regret, pour la conservation des milieux naturels, la réduction des risques ou la sécurisation des personnes et des biens
  • Investir massivement dans la prévention des risques, afin de mieux prévenir les événements extrêmes comme les inondations et les sécheresses
  • Augmenter l’imputabilité de tous les acteurs. Les rôles, mandats et responsabilités de chaque acteur devraient être clarifiés afin que ces derniers soient imputables de leurs décisions