La participation des citoyens à l'espace public : Comment la définir ?
Colloque organisé par Stéphanie Gaudet (Univerisité d'Ottawa) et François P. Robert (UQAM) dans le cadre du 77e Congrès de l'ACFAS à l'Université d'Ottawa.
Lieu : Université d’Ottawa
Date : 13-14 mai 2009
Salle : MNT-201
Synthèse de l'événement :
JAROTKOVA J. (2009). Compte rendu d'événement. "La participation citoyenne : comment la définir?". Synthèse du colloque #639 organisé dans le cadre du 77e Congrès de l'ACFAS à l'Université d'Ottawa, 13-14 mai 2009. 23p.
(Document PDF, 201 Ko)
Présentation du colloque :
Les gouvernements tout comme les organismes communautaires font couramment appel à la participation des citoyens comme plaidoyer pour la bonne gouvernance. Des organisations, telles que l'Institut du Nouveau Monde, se spécialisent d’ailleurs dans l’animation des débats au sein de la société civile. Or, la notion de participation à force d’être ainsi récupérée dans les discours sociétaux et technocrates devient galvaudée. L’objectif de ce colloque est de réunir différents acteurs du monde universitaire et du milieu de la pratique pour réfléchir au concept de participation des citoyens et à ses applications dans les pratiques mais aussi dans les différentes disciplines universitaires. Des universitaires et des praticiens tentent de répondre à ce questionnement à l’aide de réflexions théoriques; de présentations de résultats de recherche et d'études de cas; et de réflexions sur les expériences de terrain.
Programme :
Mercredi 13 mai 2009
08h45 – 09h00 : Ouverture du colloque
09h – 10h15 : Perspectives des acteurs de la communauté
Présidence/animation : Stéphanie GAUDET, Université d’Ottawa
Communications
Philippe GAUTHIER, Université de Montréal - Les Vélos de quartier de Trois-Rivières. Vélos d'experts ou vélos de citoyens ?
Depuis quelques décennies, les décideurs et les experts ont parfois recours à la participation des citoyens dans la définition de projets d'infrastructures ou de politiques. Un des objectifs derrière un tel recours est de pallier les difficultés rencontrées par les experts à comprendre la réalité des personnes concernées par leur intervention. Ce simple objectif ne justifie cependant pas à lui seul que l'on parle de participation et que l'on attribue à ce genre de démarche la force critique qu'on lui reconnaît. Alors que l'on s'est largement attaché à examiner l'impact de telles démarches pour la population, soit leur rôle dans l'autonomisation des citoyens et dans la revitalisation de la démocratie, on peut se demander ce que la participation représente du côté de l'expert. Représente-t-elle une menace pour les pouvoirs des corps professionnels ou une simple occasion de garantir la domination de savoirs institués sur les comptes rendus que les citoyens peuvent produire de leur expérience ordinaire du monde ? Nous souhaitons proposer quelques pistes de réflexion à ce propos à la lumière de l'étude de la mise en place du système des Vélos de quartier de la Ville de Trois-Rivières, système de vélos en libre-service implanté à l'initiative d'un ensemble de partenaires de la société civile qui en ont conservé la gestion.
Francine PELLETIER et Claude CHAMPAGNE, Centre St-Pierre, Jean-François AUBIN, Démarche de revitalisation des Premiers quartiers à Trois-Rivières, Lise ST-GERMAIN, Université de Montréal - Une communauté de pratiques autour de projets de mobilisation des communautés
Sept organismes de concertation de trois quartiers de Montréal et de 4 autres villes du Québec, engagés dans la revitalisation de leur milieu, se sont rassemblés avec le Centre St-Pierre (CSP) pour constituer une communauté de pratiques. Leur motivation première : mettre en commun leurs expériences de mobilisation et de participation citoyenne autour d’enjeux de lutte à l’exclusion et à la pauvreté, d’amélioration des conditions et du cadre de vie de leur communauté. Parmi les 14 pratiques mises au jeu, on retrouve des projets de revitalisation urbaine intégrée, d’insertion des jeunes et des immigrants à leur communauté, des manières innovatrices de cultiver le sentiment d’appartenance et d’inclure les citoyens dans la transformation de leur milieu. Des fiches écrites descriptives, des vidéos, une plateforme de travail collaboratif sur Internet permettent de documenter, d’illustrer, de partager et de diffuser largement ces pratiques. Chaque partenaire devait importer ensuite dans son milieu l’une de ces pratiques, tout en l’adaptant à sa dynamique locale. Comment apprendre collectivement des différents projets de mobilisation citoyenne? Comment bâtir une communauté de pratiques? Quels sont les apprentissages qui en résultent et comment s’opère le transfert de connaissances? Des chercheurs ont aussi accompagné, observé et évalué ce projet. Quelle évaluation faisons-nous de ce projet intitulé Agir dans son milieu?
Hervé STECQ, Université du Québec à Chicoutimi - La participation des groupes de jeunes au développement régional, mouvements atypiques ? : Le cas des groupes de jeunes du Saguenay – Lac-Saint-Jean au Québec
L’approche participative a été popularisée au début des années 1980 dans le domaine du développement, suite aux diverses crises économiques et politiques des pays industrialisés. Les organismes internationaux tels que la Banque Mondiale ou le PNUD, se sont intéressés à la participation pour la mise en œuvre de projets locaux et régionaux de développement, car elle représentait une garantie de leur succès. Les États ont également intégré une logique participative dans leurs stratégies de politiques publiques pour ces mêmes raisons. En 2000, dans sa première politique jeunesse, le gouvernement du Québec a sollicité l’appui des jeunes pour relayer au niveau régional des politiques visant à contrer la migration des jeunes. Par leur organisation en groupes actifs, les jeunes de la région du Saguenay – Lac-Saint-Jean, région périphérique du Nord du Québec, ont répondu favorablement à l’appel du gouvernement. En 2003, ils créent la stratégie MigrAction, stratégie globale pour contrer le phénomène de migration et par la même occasion ses effets négatifs en terme de développement régional.
Après dix ans d’action collective, nous pouvons nous demander si les groupes de jeunes du Saguenay – Lac-Saint-Jean ont développé une dynamique atypique consistant à concilier intérêt de groupe et gain pour la collectivité. Cette communication pose, par extension, la question de l’existence de mouvements atypiques.
Marie-Hélène CROTEAU, Conférence régionale des élus de Montréal - Jeunes, participation citoyenne et développement régional: les Forums jeunesse, 10 ans d'innovation
Afin de combler le déficit de représentation des jeunes au plan régional et se basant sur l'importance que ceux-ci travaillent eux-mêmes sur les enjeux qui les touchent directement, les Forums jeunesse régionaux furent créer sous l’impulsion du gouvernement du Québec. Depuis 10 ans, le Forum jeunesse de l’île de Montréal (FJIM) contribue à la prise en compte des besoins des jeunes dans le développement de la région. Il exerce de façon privilégiée un rôle d’expert en matière de jeunesse auprès des diverses instances de la CRÉ de Montréal, du gouvernement et de nombreux partenaires régionaux. Par ailleurs, avec le Fonds régional d’investissement jeunesse, le FJÎM dispose d’un levier financier pour initier des projets, par et pour les jeunes. En 2001, avec comme slogan Prends ta place, le FJIM a documenté la participation citoyenne par des études, a effectué de multiples rencontres et a développé des outils de formation et de sensibilisation s’adressant tant aux jeunes qu’aux organismes dans un objectif prioritaire: développer de façon concrète une culture de la relève. En plus de présenter les enjeux de la participation des jeunes, le FJÎM désire partager son expérience et ses outils qui ont un écho dans l’ensemble du Québec. Il abordera les impacts des forums jeunesse régionaux, des outils « Prends ta place », du programme d’éducation à la citoyenneté pour adolescents « Électeurs en herbe » et d’un partenariat visant à favoriser la participation citoyenne et électorale des jeunes. Afin de combler le déficit de représentation des jeunes au plan régional et se basant sur l'importance que ceux-ci travaillent eux-mêmes sur les enjeux qui les touchent directement, les Forums jeunesse régionaux furent créer sous l’impulsion du gouvernement du Québec. Depuis 10 ans, le Forum jeunesse de l’île de Montréal (FJIM) contribue à la prise en compte des besoins des jeunes dans le développement de la région. Il exerce de façon privilégiée un rôle d’expert en matière de jeunesse auprès des diverses instances de la CRÉ de Montréal, du gouvernement et de nombreux partenaires régionaux. Par ailleurs, avec le Fonds régional d’investissement jeunesse, le FJÎM dispose d’un levier financier pour initier des projets, par et pour les jeunes. En 2001, avec comme slogan Prends ta place, le FJIM a documenté la participation citoyenne par des études, a effectué de multiples rencontres et a développé des outils de formation et de sensibilisation s’adressant tant aux jeunes qu’aux organismes dans un objectif prioritaire: développer de façon concrète une culture de la relève. En plus de présenter les enjeux de la participation des jeunes, le FJÎM désire partager son expérience et ses outils qui ont un écho dans l’ensemble du Québec. Il abordera les impacts des forums jeunesse régionaux, des outils « Prends ta place », du programme d’éducation à la citoyenneté pour adolescents Électeurs en herbe et d’un partenariat visant à favoriser la participation citoyenne et électorale des jeunes.
+ Période de discussion
10h15 – 10h30 : Pause
10h30 – 11h45 : Perspectives des citoyens
Présidence/animation : Stéphanie GAUDET, Université d’Ottawa
Communications
Samar BEN ROMDHANE, Université Laval - Participation citoyenne des minorités et reconfiguration de l'espace public contemporain
Dans cet article, la participation citoyenne est envisagée du point de vue du processus participatif qu’une minorité peut choisir pour dialoguer avec la société d’accueil. Nous abordons la place des minorités dans l’espace public contemporain à travers le cas des musulmans à Québec. Notre attention se focalise tout spécialement sur la forme que peut prendre le dialogue entre cette minorité et la société d’accueil à l’occasion d’une controverse. La communicabilité est la propriété principale de la participation citoyenne. L’accent est en effet, porté sur les canaux et les pratiques de communication et les dimensions de l’espace public qui ont été investis par la communauté musulmane en vue de débattre la question de la construction d’une mosquée avec minaret à Québec. Qu’est ce qui relève de l’espace public de la ville et qu’est ce qui relève de celui que se construit cette minorité au cours du processus délibératif? Nous explorons les modes et outils de communication ainsi que le langage dans lequel une communauté définit sa participation citoyenne. Ce travail se propose de dégager les caractéristiques ainsi que les enjeux de la participation citoyenne d’une minorité religieuse dans un milieu sécularisé et de montrer comment la participation citoyenne d’une minorité peut créer un espace public “interne” à l’espace public général.
Mireille TREMBLAY, Université du Québec à Montréal - Portrait de l’implication et de l’engagement civique des jeunes dans les Laurentides
Malgré leurs efforts, les organismes de la région des Laurentides déplorent un faible taux de participation des jeunes aux activités organisées à leur intention. Dans le cadre d’une «Entente sur l’éducation à la citoyenneté, ayant pour objectif de sensibiliser, de mobiliser et de faire participer les jeunes des Laurentides» une recherche-action commanditée par le Forum Jeunesse des Laurentides a été réalisée avec des jeunes de la région. Cette étude a pour objectifs de mieux connaître leur perception de l’implication, de l’engagement civique et de la citoyenneté, de discuter avec eux de leurs intérêts en matière de participation citoyenne et d’explorer des pistes susceptibles d’accroître cette participation. Dans le courant du mois de février une centaine de jeunes ont participé à dix focus group, de plus près de 500 questionnaires ont été recueillis. Les recommandations formulées par les jeunes dans le cadre de ces travaux feront l’objet d’un rapport qui sera diffusé auprès des décideurs et des acteurs concernés par l’engagement des jeunes dans le région des Laurentides. Les résultats de cette étude seront présentés lors de cette conférence.
Sandra RODRIGUEZ, Université de Montréal - Le sens de l’engagement et la participation citoyenne chez la génération de l’information (20-35 ans)
L’essor rapide des technologies de l’information et de la communication (TIC) a créé de nombreuses attentes quant aux possibilités de mieux répondre aux grands enjeux de société (Castells, 2001, 2006). Or, voilà que nous ne saurions plus comment « agir » ni auprès de quelles instances : alors que les connaissances se diffusent et que les problèmes se médiatisent, les rapports sociaux s’individualisent, les repères institutionnels s’effritent et nombreux sont les constats d’une crise de l’engagement; particulièrement chez les jeunes, grands consommateurs de TIC (Putnam, 2000). Or, ce constat peut reposer sur une définition trop réduite de l’engagement. Si les sociologues et médias ont brandi bien des statistiques alarmantes concernant la désaffection électorale des jeunes, le déclin de leur participation civique et leur désistement de mouvements sociaux usuels, on voit émerger en parallèle de nouvelles formes d’actions visant le changement social: les manifestations éclairs (flash mobs), l’intérêt envers le commerce équitable, la consommation responsable et les mouvements de contestation popularisés à travers les TIC. Paradoxalement, ce sont encore les jeunes de la « génération de l'information » (20-35 ans), qui participent en plus grand nombre à ces nouveaux modes de participation (Canada, 2001). Comment comprendre ces attitudes contradictoires? Doit-on y voir la preuve d’un désengagement, ou redéfinition potentielle de l’ « agir en société »?
Jolana JAROTKOVA, Université d'Ottawa - Les germes de la participation citoyenne : le cas des immigrants latino-américains de Québec
La participation citoyenne des immigrants est étroitement liée à la question de leur intégration, pouvant être considérée à la fois comme une dimension du processus d'intégration et un facilitateur de celui-ci. Le fait de s'engager en tant que citoyen dans la société d'accueil est souvent perçu comme un indicateur de l'intégration de l'immigration. Toutefois, l'immigration et l'intégration sont des processus qui s'inscrivent dans le temps et la participation citoyenne n'Est peut-être pas la première priorité des nouveaux arrivants. Comment alors certains d'entre eux en viennent à s'engager en tant que citoyen dans la société d'accueil ? Cette communication portera donc sur les débuts de la participation citoyenne chez des immigrants latino-américains de Québec, interviewés dans le cadre de notre thèse de maîtrise, ainsi que sur leur expérience. Nous y présenterons le contexte et les motivations à l'origine de la participation citoyenne de certains répondants ainsi que ce qui nous apparaît comme être un obstacle à la participation chez d'autres. Nous nous intéresserons aussi à la représentation de la participation citoyenne qu'ont les répondants et le lien qu'ils font eux-mêmes entre celle-ci et leur propre parcours d'intégration.
+ Période de discussion
11h45 – 13h15 : Dîner
13h15 – 14h15 : Processus et gouvernance
Présidence/animation : Laurence BHERER, Université de Montréal
Communications
Mathieu PELLETIER et Florent JOERIN, Université Laval - La décision territoriale en conflit : une évaluation de la participation citoyenne
Si les démarches de participation citoyenne sont venues compléter les processus traditionnels de prise de décisions en aménagement alors en perte de légitimité et de crédibilité, il semble que ces dites démarches montrent des ratés et ne suffisent pas à prévenir ou à désamorcer le conflit territorial impliquant des acteurs aux intérêts divergents. Le conflit autour du projet territorial ne fait plus figure d’exception, et ce, en dépit de la multiplication des approches participatives. Pour d’aucuns, il se pourrait que les modalités de participation publique qui ont prévalues jusqu’à maintenant ne soient plus adaptées aux types d’enjeux et de problèmes actuels. La relation qui unit décision territoriale, conflit et participation peut se poser notamment de cette façon : analyser toutes sortes de conflits, dont certaines très spontanées, en lien avec l’aménagement et le développement devrait permettre de jauger l’importance relative et l’efficacité de la participation dans les processus collectifs de décision.
En ce sens, cette communication souhaite aborder, par le biais de résultats inédits sur l’analyse spatiale d’environ 150 conflits s’étant déroulés à l’échelle de la ville de Québec entre 1989 et 2000, la question de la participation citoyenne sous un angle encore peu étudié. Il s’agit d’évaluer la relation qui s’instaure entre l’institutionnalisation de la participation et l’élaboration des politiques urbaines et de la planification territoriale. Nous montrerons à l’aide d’un cas concret, soit celui de la rénovation urbaine du quartier St-Roch (ville de Québec), comment les dispositifs participatifs ont transformé la conduite et le contenu de la planification urbaine.
Francois P. ROBERT, Université du Québec à Montréal - Définir la participation citoyenne par la délibération et l'engagement : impacts et enjeux
En lien avec les travaux récents en évaluation de la délibération de démarches démocratique (Muhlberger, 2007), cette communication propose de poser un regard sur la définition de la participation uniquement par le filtre de la délibération lors de ces démarches et des engagements que prennent les participants lors des événements. L'objectif est d'explorer comment la communication (et plus précisément la délibération) peut servir de jalon pour comparer diverses démarches démocratiques ou citoyennes
Julie CARON-MALENFANT, Institut du Nouveau Monde - La participation des parties prenantes dans la construction de l’acceptabilité sociale
Alors que les manchettes quotidiennes font état des passions soulevées par un nombre grandissant d’initiatives de développement du territoire, nous assistons à une surenchère de qualificatifs et à une confusion croissante autour des concepts entourant la dimension humaine des projets.
Nous croyons que le développement devrait être porteur d’harmonie et de bénéfices partagés, et que notre société est à la croisée des chemins en ce qui concerne la façon d’anticiper et de concevoir le développement.
La réflexion proposée dans cette communication se veut une invitation à explorer le concept d’acceptabilité sociale pour conduire les acteurs sur le terrain à expérimenter de nouvelles pratiques en matière de développement du territoire, car, pour qu’il soit fait de façon harmonieuse, il faut aller au-delà de la dichotomie promoteur/parties prenantes et intéressées. Un autre objectif de cette communication est d’aborder la question des parties prenantes et des parties intéressées, et de démontrer l’importance de leur contribution à la construction d’accords pouvant conduire à l’acceptabilité sociale.
Les aspects abordés dans la communication sont les suivants :
1 Les difficultés à cerner la définition d’acceptabilité sociale
2 La définition de l’acceptabilité sociale
3 Comment reconnaître un enjeu d’acceptabilité sociale
4 Comment aborder un enjeu d’acceptabilité sociale
5 Comment identifier et impliquer les parties prenantes et intéressées
+ Période de discussion
14h15 – 14h30 : Pause
14h30 – 15h30 : Processus et gouvernance
Présidence/animation : Laurence BHERER, Université de Montréal
Communications
Julie DEBAVEYE, Lyon 2 et Université Laval - La traduction de la compétence du « profane » dans les politiques de citoyenneté scientifique
L’implication de la société civile dans les processus de décision et d’évaluation de la gouvernance en matière scientifique montre que la production des savoirs ne se construit plus seulement dans les institutions spécialisées mais privilégie la coopération d’innovation comme en témoignent les politiques de citoyenneté scientifique. Une volonté de responsabiliser davantage l’individu sur les enjeux (issues) a provoqué une évolution du statut de simple citoyen à celui d’acteur participant. Nous voyons ainsi comment l’expertise profane, qui postule la connaissance des faits par l’expérience quotidienne de l’usager, est désormais valorisée et soutenue dans le champ de la culture scientifique. Il nous semble important de souligner la manière dont les médiations et les échanges de communication à l’œuvre dans les réseaux de la connaissance distribuée participent à la construction d’une vision collective de la science et à la formation d’une compétence fondée sur la compréhension des enjeux. Comment s’articule cette réalité symbolique aux usages? Si on postule que la participation démocratique repose sur la compétence du citoyen, comment favoriser le développement de cette compétence et par quel procédés de traduction? La présente communication vise à présenter la manière dont s’instaurent, par le dialogue entre science et société, de nouvelles formes de gouvernance liées au partage de connaissance afin d’encourager la société civile à s’informer et à débattre des questions scientifiques.
Marie-Gabrielle SURAUD, Université Toulouse III Paul Sabatier, - La participation civique à l’espace public des risques industriels: quelle pression publique ?
La mise en débat public bouscule des pratiques industrielles séculaires puisqu’elle engage directement le fonctionnement interne de l’entreprise. La sphère industrielle est traditionnellement « étanche » aux interventions extérieures, et ce, doublement. D’une part, vis-à-vis de l’intervention civique. D’autre part, les entreprises résistent assez fortement à toute intervention étatique. Les impératifs du développement économique et de la compétitivité cèdent peu de place à d’autres enjeux, notamment environnementaux.
La question est alors d’évaluer quelles sont les transformations suscitées par l’institutionnalisation de la concertation publique dans le domaine des risques industriels.
Cette question sera abordée sous deux aspects : - d’une part, il s’agit de repérer l’évolution des modes de mobilisation civique en matière de risques industriels ;
- d’autre part, il s’agit d’évaluer la façon dont la concertation avec les citoyens a contribué à transformer les rapports entre l’Industrie et l’Etat. La concertation a notamment a servi de levier à l’administration pour élever le niveau d’exigence vis-à-vis des entreprises à risque, au-delà de ce que la réglementation permet. Le traitement de ces questions s’appuie sur l’observation et l’analyse des débats qui se sont déroulés dans les CLIC créés dans la région toulousaine depuis 2002.
Anton GUBNITSYN, Université Laval - L’expérience de la participation des citoyens au gouvernement local, dans la Fédération de Russie:
Les problèmes de la construction de la société civile et de la participation des citoyens au gouvernement sont étudiés en Russie par des scientifiques et des personnalités publiques depuis le début des années 1990. Actuellement, la loi fédérale sur « les principes généraux d’ « auto-governement local » prévoit plus de 10 formes de participation des citoyens au gouvernement local: le référendum local, les élections municipales, le vote sur le retrait des élus, le vote pour le changement des frontières d’une municipalité, la réunion des citoyens, l'initiative législative des citoyens, l’autonomie publique territoriale, les audiences publiques, l’assemblée des citoyens, la conférence de citoyens, le sondage des citoyens, la demande des citoyens pour de l'autonomie locale. Toutefois, on constate que ces formes de participation sont peu mises en pratique. Le problème principal semble être la passivité des citoyens qui ne voient pas l’utilité de la participation pour résoudre ses problèmes quotidiens.
Un autre problème est l’approche formaliste des gouvernements locaux à l’endroit de l’organisation de la participation des citoyens. Un bon exemple de cette approche formaliste est l’organisation des audiences publiques. Souvent, au lieu de travailler avec l'opinion publique et de motiver des citoyens à participer, un gouvernement local organise des audiences publiques très formelles où il invite des organismes à but non lucratif qui lui sont très loyaux.
+ Période de discussion
15:30 - 16:45 : Caucus 4-6
Animation : François P. ROBERT, Université du Québec à Montréal
Participants
Le Caucus 4-6 est une technique de partage de perceptions et d’informations dont l’objectif est de débroussailler un sujet et de créer un climat convivial propice à une délibération plus approfondie.
Développé par André Fortin, de l’Institut du Nouveau Monde (INM), la méthode consiste en la réalisation de quatre à six rondes de caucus avec des petits groupes de quatre à six personnes qui varient à chaque ronde. Le thème sera: «À la lumière de cette première journée d'échange, quelle est notre formulation de la définition de la participation des citoyens? »
Jeudi 14 mai 2009
09h00 – 09h30 : Ouverture et retour sur le caucus 4-6
Animation : François P. ROBERT, Université du Québec à Montréal
09h30 – 10h30 : Définir la participation citoyenne
Présidence/animation : Florence PIRON, Université Laval
Communications
François BROUARD, Carleton University, Sophie LARIVET, Ecole Supérieure du Commerce Extérieur Ouafa SAKKA, Carleton University, Université Carleton - Entreprenariat social et participation citoyenne
La notion de participation des citoyens à l’espace public couvre, d’une part, la participation citoyenne aux expériences organisées par l’État ou par le biais de regroupements de la société civile, et, d’autre part, les initiatives mises en œuvre par les citoyens eux-mêmes. Au niveau de la participation initiée par les citoyens, une forme particulière d’entrepreneuriat, qu’on appellera ci-après « entrepreneuriat social », présente une avenue de recherche intéressante puisqu’elle vise des objectifs autres que ceux de l’entrepreneuriat traditionnel. L’entrepreneuriat social constitue une forme particulière de participation à l’espace public par l’action. Les entreprises sociales agissant au quotidien pour transformer le paysage social (Brouard, 2007; Nicholls, 2006). Toutefois, même si l’entrepreneuriat social gagne en popularité autour de la planète, ce concept est encore mal connu. Cela est d’autant plus vrai au Canada et dans le monde francophone, bien qu’il y existe des exemples d’initiatives concrètes, comme le programme A Go on change le monde de l’Institut du Nouveau Monde, qui vise à aider les entrepreneurs sociaux.
L’objectif de la présente communication est de faire un survol du concept d’entrepreneuriat social afin de mieux saisir son positionnement par rapport à la participation citoyenne. En particulier, il s’agit de définir le concept, de souligner le contexte de son développement, et enfin de présenter une réflexion sur l’application de l’entrepreneuriat social à la participation citoyenne.
Laurence BHERER, Université de Montréal - Participation citoyenne, gouvernance et démocratie participative
L’objectif de cette communication est de discuter de l’équivalence des termes de participation, gouvernance et démocratie participative. Parle-t-on de la même chose? L’utilisation qui est faite dans la littérature est-elle la même que dans les discours sur ces questions?
Stéphanie GAUDET, Université d’Ottawa - Repenser la participation sociale
Afin d'explorer les différents types d'engagements au sein de la société, nous avons effectué une recherche sur la participation sociale basée sur la théorie du don de Jacques T. Godbout. Dans cette communication, nous définirons notre concept dans une perspective sociologique en le distinguant de la participation citoyenne.
+ Période de discussion
10h30 – 10h45 : Pause
10h45 – 11h45 : Définitions et sens de la participation citoyenne
Présidence/animation : Florence PIRON, Université Laval
Communications
Alejandro RADA DONATH, Université du Québec à Chicoutimi - Le pouvoir de l’éthique de société dans la participation citoyenne
L’objectif de cette communication est de décrire un type de participation émergeant de l’éthique de société où apparaît une nouvelle politique citoyenne. Celle-ci dévoile un type de pouvoir peu remarqué mais très efficace à long terme et qui mérite d’être mis en lumière. Afin d’éviter le maximum d’arbitraire dans des aspects reliés à la philosophie politique, nous avons commencé par définir le concept de participation prenant des délimitations provenant de l’épistémologie, de l’éthique, de la prospective et de la philosophie des sciences. Cette démarche théorique a été accompagnée par des expériences de laboratoire sur le terrain. Elles se sont déroulées de manière sporadique depuis désormais 20 ans (1989-2009) parce qu’il fallait attendre toujours l’apparition de conjonctures favorables pour aller de l’avant. Enfin, nous essayerons de répondre, dans cette communication, à la question la plus importante : le pouvoir de ce type de participation provenant de l’éthique de société, peut-il se structurer organiquement afin d’avoir une incidence consciente et majeure sur l’arrivée de ce nouveau monde qui semble possible ?
Marie-Ève MAILLÉ, Université du Québec à Montréal - La création de sens en environnement, prélude à toute participation
Quand des gens apprennent qu’un promoteur veut développer près de chez eux un projet présentant des risques pour la santé et l’environnement, ils doivent décider rapidement s’ils sont en faveur ou s’ils s’opposent à sa réalisation, et ce, généralement avec peu d’information et dans un contexte de grandes incertitudes. Accuser les opposants d’un projet risqué pour l’environnement d’être irrationnels, c’est évacuer la discussion, comme s’il ne valait même pas la peine de débattre de leurs arguments, et du même coup, c’est nier leur participation. À partir de données incomplètes, ces populations doivent créer des schémas qui serviront à interpréter les informations nouvelles dans le but de faire des choix et de poser des gestes. La création de sens est à la base de toute participation citoyenne. Une vaste revue de littérature a permis d’identifier différents éléments qui influencent à divers degrés la création de sens en situation d’incertitude environnementale : la perception du risque, l’information, les émotions, le genre et le caractère politique de la science. Plusieurs études ont évalué dans des conditions contrôlées la façon dont les gens perçoivent les risques, mais leur utilité est limitée dans la mesure où la réalité des conflits environnementaux est beaucoup plus complexe. Notre étude cherche à mieux rendre compte de cette complexité grâce notamment à l’analyse des réseaux de communication, sémantiques et socio-cognitifs.
Timeri MARTIN, Université Laval - Être citoyen Romain : une fausse démocratie sous la république
La République romaine s’insère entre la chute de la royauté en 509 av. JC et l’instauration du principat en 27 av. JC et se divise en trois grandes périodes. Ce qui semble intéressant dans cette étude de cas, ce serait de comprendre en quoi consiste la participation active des citoyens romains au sein de leur cité. La définition de la citoyenneté romaine, est essentiellement juridique puisqu’elle ne prend en compte ni références territoriales, ni origine sociale, ni richesse, un citoyen peut de ce fait résider n’importe où. Le cadre de vie quotidien du citoyen romain étant la cité, on sait que son statut diffère surtout du lieu de naissance car les cités possèdent des statuts bien différents. Le corps des citoyens s'inscrit dans un espace : le forum, lieu de rassemblement qui n'a pas de vocation politique. Les avantages de la citoyenneté romaine sont diverses tel que des héritages libres de prélèvement, des dispenses fiscales etc. Cette citoyenneté s'accompagne d'honneurs, mais comme dans toute république, ils avaient aussi des devoirs. Rome est une cité-État comparable aux cités grecques, la structure politique romaine repose sur l’équilibre des pouvoirs, qui est exprimé clairement par la devise de la République. Cet équilibre se manifeste par le contrôle mutuel des différents organes politiques. Sa vie politique est réservée aux citoyens, eux seuls peuvent siéger aux comices. Ces assemblées représentent le pouvoir législatif, en plus de faire les lois ses membres désignent les magistrats. Le citoyen est, dans les villes antiques, le noyau de la vie politique, c'est de lui qu'émane le pouvoir des magistrats et des conseils. Etre citoyen, c'est avoir un statut juridique qui permet d'exercer un certain nombre de droits mais qui comporte aussi des devoirs.
+ Période de discussion
11h45 - 13h15 : Dîner
13h15 – 14h15 : Les défis
Présidence/animation : Philippe GAUTHIER, Université de Montréal
Communications
Daniel MALO, Convercité - La participation citoyenne : une fin ou un moyen?
Fondé en 1994, Convercité est un organisme à but non lucratif qui a développé un savoir-faire reconnu en matière de démarches participatives dans les dossiers d’aménagement et de valorisation urbaine. Cette vaste expérience ainsi que l’importance toujours grandissante accordée à la participation citoyenne ont poussé les professionnels et le conseil d’administration de l’agence à mener une réflexion sur le sujet.
Il nous apparaît qu’une confusion de plus en plus grande existe à l’égard des différentes formes de participation citoyenne et des impacts qu’elles doivent ou peuvent avoir sur la prise de décision. De plus, qu’elle soit exercée dans un cadre légal ou initiée de façon volontaire, la participation publique est assortie de responsabilités échouant à l’ensemble des parties prenantes. C’est pourquoi, Convercité s’est doté d’un cadre d’intervention qui s’organise autour de quatre grandes formes de participation :
1. Information [on explique]
2. Consultation [on écoute]
3. Dialogue [on échange]
4. Concertation [on trouve des solutions]
Néanmoins, plusieurs questions nous préoccupent encore. Comment assurer la représentativité de la population? Comment interpréter le désistement de la majorité silencieuse? La participation citoyenne est- elle devenue une fin plutôt qu’un moyen? Autant de questions que Convercité aimerait proposer au colloque en faisant valoir son expérience pratique et le point de vue de professionnels.
+ Période de discussion
14h – 14h15 : Pause
14h15 – 15h30 : Les impacts
Présidence/animation : Philippe GAUTHIER, Université de Montréal
Communications
Sophie GÉLINAS, Institut du Nouveau Monde - Les jeunes entrepreneurs sociaux du Québec acteurs d’innovation sociale ?
Un nouveau courant prend de l'ampleur ces dernières années ; il s'agit de l'entrepreneuriat social, qui contribue à l'éclosion d'initiatives novatrices. Cette nouvelle forme d'engagement suscite un fort intérêt chez les jeunes. Répandu davantage dans le monde anglo-saxon que dans la francophonie, le concept d'entrepreneur social a été popularisé grâce à des organismes internationaux comme Ashoka, Skoll ou Schwab.
Pour l'Institut du Nouveau Monde, l'entrepreneuriat social apparaît clairement comme une forme stimulante d'engagement citoyen. Voici la façon dont il le définit : l'entrepreneur social est une personne qui identifie des besoins sociaux, met de l'avant une solution pragmatique et novatrice pour y répondre, utilise des principes entrepreneuriaux pour créer et gérer un projet à fort impact social tout en impliquant la communauté dans sa démarche. Son but ? Contribuer au changement et à l'innovation sociale.
Par ses multiples activités avec les jeunes de 15 à 35 ans, l'Institut du Nouveau Monde constate chez cette nouvelle génération un fort désir d'engagement pragmatique et d'action novatrice concrète. L'entrepreneuriat social rime donc pour eux avec action et innovation. Notre communication présentera le concept d'entrepreneur social, le situera dans le contexte québécois et illustrera, par des exemples concrets, la façon dont cette relève de jeunes entrepreneurs sociaux s'engage dans son milieu et participe à l'innovation sociale.
Marie-Michèle SAUVAGEAU et Florence PIRON, Université Laval - Le Conseil des relations interculturelles, une forme de participation publique institutionnelle au Québec
Dans le cadre d’un projet de recherche sur l’impact des conseils consultatifs de l’État québécois, cette communication a pour objet le Conseil des relations interculturelles et son influence sur les politiques publiques. Quel a été l’impact de ses avis, notamment sur l’équité en manière d’emploi? Quelles stratégies de communication et de persuasion a –t-il utilisées? Quelle est la légitimité de ses interventions publiques aux yeux des acteurs du milieu, des médias, de l’administration et des élus? En quoi cette forme de participation est-elle démocratique? À partir d’une analyse documentaire et de plusieurs entrevues, nous présenterons une première réponse à ces questions?
Philippe TCHOMGA, Université de Douala, Samuel TANGOU, Centre d'information, de formation et de recherche pour le Développement - Associations villageoises et formation citoyenne : rôle de la participation dans le processus de restructuration socio-économique des campagnes au Cameroun
Dans le contexte de crise et de désengagement de l’Etat au Cameroun, les comités de développement sont créés sous l’impulsion des citadins pour secourir les populations rurales. Les groupes associatifs qui interviennent en campagnes sont importants au regard des ressources qu’ils mobilisent, mais leurs efforts de développement aboutissent encore à une impasse. Si les choix des leaders ne résultent pas toujours de suffrage librement exprimé, le faible niveau de revenu des ruraux les empêche de participer pleinement aux débats sur leur devenir.
Cet article veut montrer que l’absence de la participation affaiblit la cohésion et les réalisations des groupes associatifs. Toutefois, ces rapports de collaboration et de conflit peuvent être considérés à juste titre comme une nouvelle dynamique associative d’où pourrait émerger une démocratie locale. Ce travail allie les expériences d’un chercheur et d’un professionnel sur le même terrain et présente les acteurs et leurs enjeux, tente ensuite une conceptualisation des concepts-clés avant d’explorer les possibilités d’améliorer la participation.
Diane JOLY, Université du Québec à Montréal - La participation citoyenne : un concept au cœur de la conservation du patrimoine
Confronté à l’impératif économique, la mise en valeur du patrimoine est fréquemment conçue pour les touristes au détriment du public de proximité auquel il est d’abord destiné. Ceci est d’autant plus vrai pour le petit patrimoine dont les croix de chemin. Ces croix, érigées sur des terrains privés ou des lieux publics, appartiennent à des propriétaires uniques, des paroisses ou des municipalités. Fragilisées par leur exposition au climat extrême, leur dissémination sur le territoire et dans le vaste corpus du patrimoine religieux et culturel, l’apport des citoyens est essentiel à leur conservation que ce soit le propriétaire privé qui entretient sa croix ou le citoyen qui avise les institutions de leur détérioration.
Ce sont les sociétés historiques et les élus municipaux qui organisent les activités de médiation. L’analyse de leurs projets révèle des stratégies de communication destinées aux touristes, et d’autres au public de proximité. Enfin, une troisième voie, formée d’un métissage des stratégies plus avant, stimule l’appropriation citoyenne de ce patrimoine. L’étude de quelques cas révèle des méthodes et des réactions communes sur le terrain. L'identification des caractéristiques favorise une meilleure compréhension des motivations et balise des projets de médiation plus efficaces. Ainsi, la participation citoyenne est non seulement garante de la conservation du patrimoine mais elle redonne aux citoyens un rôle essentiel dans les enjeux patrimoniaux.
+ Période de discussion
15h30 : Mot de clôture