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La construction de la valeur symbolique d’un quartier : l’exemple de Rosemont en tant que quartier ukrainien

Juillet 2022

Par Kim Pawliw, étudiante au doctorat en sciences géographiques, Université Laval

Présentation de la recherche

Montréal est fréquemment qualifiée de ville cosmopolite et diversifiée en raison des nombreuses communautés ethnoculturelles qui y résident. Selon les données du recensement de 2016 interprétées sur la page « Montréal en statistiques » (site Internet de la Ville de Montréal), 59 % des Montréalais et des Montréalaises sont issus de l’immigration (de première ou deuxième génération). Cette diversité se reflète entre autres au sein de quartiers où la présence migratoire se fait particulièrement sentir, par exemple la Petite Italie, le quartier chinois ou encore le quartier ukrainien de Rosemont. À partir des années 1950-1960, la population ukrainienne dans Rosemont s’est accrue. Les membres de cette communauté ont établi plusieurs de leurs institutions dans ce quartier, notamment des églises, des associations pour la jeunesse ukrainienne et des résidences pour personnes âgées d’origine ukrainienne. Peu à peu, d’autres éléments dénotant la présence ukrainienne se sont ajoutés : des toponymes ukrainiens (1981-1982), le Festival ukrainien de Montréal qui a lieu chaque année (depuis 1999) et des symboles ukrainiens dans le parc de l’Ukraine (2017-2022). Dans ce contexte, des relations se sont développées entre la Ville de Montréal (représentants et représentantes des secteurs municipal et professionnel) et la communauté ukrainienne. Cette recherche porte sur la construction identitaire des personnes issues de l’immigration à l’échelle d’un quartier en accordant une attention particulière au rôle que peut jouer la société d’accueil dans ce processus, avec l’exemple de la communauté ukrainienne de Montréal. Elle poursuit trois principaux objectifs :

  • Explorer la construction de l’identité dans un contexte migratoire en se penchant sur les relations entre les associations ethniques, les communautés ethnoreligieuses et les instances dirigeantes municipales;
  • Examiner la construction de la valeur symbolique d’un quartier en prenant en considération tous les acteurs impliqués, avec l’exemple du quartier ukrainien de Rosemont;
  • Déterminer l’importance de Rosemont pour les Ukrainiens et les Ukrainiennes vivant à Montréal.

Méthodologie

La méthodologie repose sur l’analyse de discours. Cette méthode qualitative, comme son nom l’indique, vise à analyser des discours de manière détaillée en mettant l’accent sur certains éléments, notamment leur contenu, les personnes les ayant énoncés (leurs intentions, leurs intérêts), ainsi que le contexte lors de leur énonciation. Dans le cadre de cette recherche, l’analyse de discours s’appuie entre autres sur 43 entrevues semi-dirigées menées avec des membres de la communauté ukrainienne de Montréal et avec des représentantes, représentants, professionnelles et professionnels de la Ville. À cela s’ajoute la consultation de nombreux documents, soit des archives d’associations ukrainiennes basées à Montréal, des émissions de radio ukrainienne, des articles de journaux, des documents municipaux ainsi que des médias sociaux. Afin d’atteindre les objectifs précédemment mentionnés, la présente recherche s’est concentrée sur trois études de cas :

  1. Rosemont dans son ensemble;
  2. le Festival ukrainien de Montréal;
  3. le réaménagement du parc de l’Ukraine (ajout de symboles ukrainiens).

Tandis que la première étude de cas se concentre sur la perception des Ukrainiennes et des Ukrainiens quant à l’identité ukrainienne de Rosemont, les deux dernières se penchent sur les relations entre la Ville de Montréal et la communauté ukrainienne dans la construction de cette identité.

Résultats

Rosemont en tant que quartier ukrainien de Montréal

L’analyse de discours a permis de démontrer que le quartier de Rosemont a été au cœur d’un processus au travers duquel il a acquis une valeur symbolique en tant que quartier ukrainien de Montréal. Ce processus a reposé, d’un côté, sur la communauté ukrainienne elle-même (p. ex., instauration d’institutions ukrainiennes dans le quartier) et, d’un autre côté, sur les représentantes, représentants, professionnelles et professionnels de la Ville de Montréal (p. ex., ajout de symboles ukrainiens dans le parc de l’Ukraine). L’identité ukrainienne de Rosemont s’est développée davantage à travers les discours prononcés autant par les membres de la communauté ukrainienne que par les instances dirigeantes municipales.

Identité de la Ville de Montréal

L’analyse de discours a également permis de voir que les instances dirigeantes municipales peuvent instrumentaliser les Ukrainiennes et les Ukrainiens afin de faire valoir une certaine image/identité de la Ville. Les représentantes, représentants, professionnelles et professionnels de la Ville peuvent se servir de certains événements ukrainiens publics, notamment la cérémonie d’ouverture du parc de l’Ukraine réaménagé ou la cérémonie d’ouverture du Festival ukrainien de Montréal afin de promouvoir cette identité. L’identité de Montréal, en tant que ville diversifiée, inclusive, multiculturelle et où le vivre-ensemble est de mise, a été accentuée lors des discours prononcés dans le cadre de ces événements.

*Cette recherche a reçu le soutien financier du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC). Numéro de dossier : 267257. Réalisée à l’Université Laval sous la direction d’Étienne Berthold.