« Pouvoir et territoire au Québec depuis 1850 », Québec, Les éditions du Septentrion.
Résumé
Cet ouvrage présente une perspective historique des relations entre pouvoirs et territoires au Québec. « Comment le pouvoir s’exerce-t-il sur le territoire et inversement, comment le territoire influence-t-il de façon déterminante le pouvoir? ». Ces questions sont explorées tour à tour par des chercheuses et chercheurs en histoire, politique, géographie, sociologie et études urbaines, qui, à l’aide de plusieurs études de cas, tracent un portrait du développement territorial au Québec de la deuxième moitié du 19e siècle à nos jours.
L’ouvrage met en lumière la façon dont les différents pouvoirs autant politiques, économiques, religieux, qu’issus de la société civile, façonnent le territoire québécois et inversement, la façon dont le territoire québécois influence l’exercice du pouvoir.
Le pouvoir prend différentes formes et s’exerce de diverses façons sur le territoire : par la prise de possession, l’aménagement, l’exploitation ou encore par le biais de la planification. L’ouvrage s’intéresse ainsi aux rapports de force qui régissent ces différentes formes d’exercice du pouvoir. Les auteurs postulent que le pouvoir des acteurs sur le territoire n’est pas direct, mais serait plutôt le résultat d’interrelations, de rapports de dominations ou de solidarités.
Or, si le territoire correspond à un espace physique, il relève aussi de l’imaginaire collectif et est un « produit culturel » (selon les mots de Luc Bureau, cité dans l’ouvrage en page 17). En ce sens, le territoire est l’objet de représentations, qui ne sont pas toujours consensuelles. Le territoire dans sa dimension « imaginée » est ainsi l’objet de luttes. Un des exemples donnés dans l’ouvrage est celui du mythe du Nord (un Nord sauvage et hostile, mais rempli de richesses naturelles), une représentation qui a été réactualisée notamment vers les années 1960-1970 au moment de la construction des barrages de la Baie-James, ou plus récemment dans l’élaboration du Plan Nord du gouvernement de Jean Charest.
La première partie du livre aborde la question de la spatialisation du pouvoir, en abordant, dans l’ordre, l’influence continue du pouvoir seigneurial malgré son abolition (en présentant le cas de l’île d’Anticosti et de la municipalité de Rivière-du-Loup), l’évolution de la gouvernance montréalaise entre les années 1850-1920 par le prisme des politiques de taxation de l’eau, le pouvoir qu’ont exercé, historiquement, les municipalités sur leur territoire (à partir des cas de Saint-Hyacinthe, Saint-Jean-sur-Richelieu et Sherbrooke), les projets de colonisation de l’Abitibi entre les années 1920 et 1930, ou encore, le rôle des urbanistes dans la construction d’une vision métropolitaine de Montréal au courant des années 1960.
La seconde partie traite de l’instrumentalisation du territoire, notamment en s’intéressant au cas du Bureau d’aménagement de l’est du Québec et aux rôles des villes moyennes dans le développement régional. Il y est aussi question des différentes visions du territoire forestier qui s’opposent dans les années 1920 et 1930, de la conception de l’environnement par Hydro-Québec au moment de la mise sur pied de la Direction de l’environnement en son sein, et au territoire régional comme enjeu de luttes de représentations entre acteurssociopolitiques dans le cadre de l’implantation des éoliennes dans l’est du Québec.
Contenu
Introduction : Pouvoir et territoire au Québec depuis 1850 : acteurs, enjeux et processus
Partie 1 : La spatialisation du pouvoir
Propriétés et propriétaires seigneuriaux dans l’est du Québec entre 1854 et le milieu du XXe siècle: le cheminement comparé de l’île d’Anticosti et de Rivière-du-Loup
Benoît Grenier et Michel Morissette
Gouverner Montréal, gouverner les Montréalais : taxation de l’eau et qualification électorale, 1860-1920
Michèle Dagenais
S’approprier les outils, s’approprier le territoire : des cultures politiques locales en mutation (1855-1939)
Harold Bérubé
Crise, État et territoires : les programmes de colonisation et la consolidation du pouvoir politique sur le territoire abitibien, 1923-1939
Jean-Philippe Bernard
La planification de l’urbanisation ou le Montréal en devenir des premiers urbanistes professionnels
Frédéric Mercure-Jolette
Partie 2 : L’instrumentalisation du territoire
Villes moyennes et régions dans le Québec d’avant la Révolution tranquille : quelques hypothèses
Pierre Lanthier
Quand la connaissance détruit l’illusion : la réappropriation symbolique du territoire comme nouvelle forme de pouvoir, 1920-1930
Maude Flamand-Hubert et Nathalie Lewis
Le BAEQ, la légende et l’esprit du développement régional québécois
Dominique Morin
Concilier l’exploitation hydroélectrique et la protection du territoire : le cas de la Direction de l’environnement d’Hydro-Québec, 1970-1980
Stéphane Savard
Lier temps et espaces: défi de connaissances des sciences du territoire. Le cas de l’énergie éolienne dans l’est du Québec
Marie-José Fortin