Recherche et pandémie

Projet piloté par Villes Régions Monde, l’objectif de cette nouvelle rubrique est de mettre en lumière les répercussions de la crise de la COVID-19 sur les projets de recherche en cours des chercheurs du réseau et de certains collaborateurs canadiens et internationaux et de voir si le contexte suscite de nouvelles pistes de recherche en études urbaines.

Recherche et pandémie – Entrevue avec Louis Gaudreau

Si j’avais à me prononcer sur l’avenir, je serais de ceux qui pensent que tout porte à croire que les choses risquent de revenir à la normale plutôt que de changer de manière durable. Pourquoi ? Parce que tous les efforts des pouvoirs publics convergent vers cette option. (…) Pour que ça change, il faudrait que l’on réalise que des alternatives sont à notre portée. (…) des alternatives qui ne mettent pas en péril l’abordabilité des logements existent déjà sans que cela nécessite une grande révolution. C’est davantage une question de volonté politique.

Recherche et pandémie – Entrevue avec Emmanuel Ravalet

Nous avons aussi bien sûr ressenti un fort impact sur le plan méthodologique. Bien qu’habitués au télétravail, la pratique de l’urbanisme telle qu’on la défend passe par une analyse fine des populations et des processus de décision. Tous nos outils d’échange, de partage, d’écoute nécessitent d’être adaptés. Les entretiens individualisés, les focus groups, l’observation participante, les entretiens informels dans les espaces de mobilité ou les espaces publics, tout cela ne fonctionnait plus pendant trois mois et fonctionne encore mal aujourd’hui. (…) Paradoxalement, l’implication de la population est rendue plus difficile alors même qu’on est dans une période où c’est plus important que jamais de l’impliquer.

Recherche et pandémie – Entrevue avec Manuel Rodriguez

On apprend à travailler d’une autre façon, je communique beaucoup avec les étudiants via la plateforme Zoom. Même si ce n’est pas comme à l’habitude, je me considère somme toute assez privilégié parce que j’ai à ma disposition une équipe de soutien fabuleuse, je travaille avec des chercheurs et des collaborateurs inspirants, et je supervise des étudiants passionnés qui, malgré les difficultés, ont gardé le cap pendant la pandémie. Ce qui a été plus difficile, c’est la gestion de tous les détails de chacun des projets, de continuer à motiver et à soutenir les étudiants et de revoir tous les protocoles des laboratoires pour tenir compte de la distanciation sociale et des mesures sanitaires.

Recherche et pandémie – Entrevue avec Meg Holden

On entend déjà certaines voix qui disent : répondre à la pandémie, c’est aussi répondre à la crise des changements climatiques, c’est répondre au racisme systémique au Canada et répondre aux grandes inégalités. Je sens vraiment qu’il y a une ouverture pour l’avancement de nos agendas, mais j’ai tout de même des doutes… sommes-nous prêts pour une perspective plus systémique sur les questions sociales ?

Recherche et pandémie – Entrevue avec Laurent Devisme

Avec les étudiants, au début mai, clairement, nous étions au bout du rouleau parce qu’il fallait qu’on puisse aller faire des observations extérieures, il fallait rencontrer des gens et c’est clair qu’à ce moment, c’était plutôt heureux de pouvoir nous projeter dans un nouveau temps de terrain. Les étudiants commençaient à manquer de ressources. On peut discuter des textes, mais un moment donné, il faut aller dehors. En architecture, les étudiants ont cette culture d’aller visiter le site, c’était important de pouvoir remettre en place nos stratégies au début mai.

Recherche et pandémie – Entrevue avec Jean-Philippe Meloche

On peut bien sûr se demander si le fait que les gens font du télétravail va changer quelque chose au centre-ville ou encore si la peur du transport en commun va entrainer une baisse d’achalandage. Ce sont certes des questions qui peuvent apparaître pertinentes, mais à long terme, je n’ai pas cette impression. L’enjeu est davantage à court terme : il faut adapter les rues, élargir les trottoirs avec des clôtures. Ce sont des adaptations temporaires, mais est-ce qu’à long terme on va vraiment élargir les trottoirs avec du béton? Je pense que dans la mesure où, avant même la COVID, on voulait développer certains espaces piétons, la crise vient juste alimenter la réflexion dans un sens qu’on avait déjà amorcé.

Recherche et pandémie – Entrevue avec Fanny Tremblay-Racicot

Enfin, je me demande pourquoi on ne saisit pas l’opportunité pour par exemple procéder à la décontamination de certains terrains en ville (anciens dépotoirs ou dépôt à neige, anciennes gares de triage) plutôt que de construire des routes ? C’est le genre de projet qui demande des investissements publics et qui m’apparaît plus pertinent et plus viable à long terme. Selon moi, c’est le moment pour mettre en place ce genre de projet, mais ça prend une vision et une volonté politique fortes.